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Coopération "Physique des Hautes Energies pour
la Méditerranée et l’Afrique"
Construire des programmes internationaux pérennes

Organisée par le
Laboratoire Leprince-Ringuet, la Coopération a réuni, les 25 et 26 mai
2010, une quarantaine de personnes originaires d’Afrique du Sud,
d’Algérie, d’Egypte, du Maroc, du Sénégal, de Tunisie, d’Italie, des USA
et de l'IN2P3 pour une bonne moitié.
Plusieurs personnalités ayant une haute responsabilité auprès des
institutions de recherche et des ministères en Afrique ont fait le
déplacement. En présence des Professeurs Aourag et Sahraoui de la
Direction générale de la recherche du Ministère de l'Enseignement
Supérieure et de la Recherche (Algérie), du Professeur Adel Trabelsi,
directeur du CNSTN (Centre National des Sciences et Technologies
Nucléaires) de Tunisie, du Professeur Abdeslam Hoummada, responsable du
RUPHE (Réseau Universitaire de Physique des Hautes Energies ) au Maroc,
ainsi que du Professeur Ahmadou Wagué, directeur de l’Institut de
Technologie Nucléaire Appliquée (ITNA) à l’Université Cheikh Anta Diop
de Dakar, Sénégal.
L’intérêt commun des participants et des institutions qu’ils
représentent pour une recherche très fondamentale et demandant beaucoup
de travail et d’argent a d’abord des motivations scientifiques claires :
- Prendre part à la compréhension de la nature et du monde,
- Sentir et palper l’universalité de la science dans ce domaine très
fondamental qui est le nôtre.
Mais aussi et surtout :
- Avoir accès à des instruments sophistiqués, maîtriser des
technologiques de pointe dans plusieurs domaines, grâce aux
accélérateurs, détecteurs, grands instruments de mesures et à
l’électronique associée;
- Participer à des collaborations internationales: un enrichissement
culturel et scientifique au contact de nombreux pays sur les cinq
continents;
- Accéder à des domaines de haute technologie comme le calcul
scientifique, la cryogénie, la supraconductivité, la micro et la nano
électronique, l’optique et les fibres optiques, les lasers et les
technologies de diamant, etc. ;
- Acquérir la reconnaissance et l’expertise que cela apporte.
Au niveau politique et sociétal, il faut également noter :
- des retombées en croissance rapide dans le domaine médical:imagerie,
proton thérapie, grilles de calcul informatique;
- des contacts étroits avec l’industrie, la logistique, la diplomatie
internationale ;
- des expériences de management dans un environnement très complexifié
par la taille des collaborations internationales;
- des embauches : les personnes ayant participé, soit à travers un
stage, soit un doctorat, soit un travail de recherche dans ces domaines,
peuvent s’intégrer facilement dans d’autres domaines de recherche
publique ou privée mais aussi dans des compagnies ou des pôles
technologiques.
Le directeur scientifique adjoint chargé de la physique des particules à
l’IN2P3, le Professeur Etienne Augé, a rappelé les étapes et les modes
de collaborations au CNRS. Des bourses pour de courts séjours à des
bourses de doctorat pour les pays en voie de développement, des PICS,
GDRI, LIA et UMI.
En ce qui nous concerne, on peut citer l’expérience réussie de notre
relation avec le Maroc, dans la durée, pour arriver en 2010 à la
constitution d’un LIA (ILCP). La constitution du réseau d’universités
marocaines pour arriver au résultat positif de l’entrée du Maroc au CERN
(premier pays africain) dans l’expérience ATLAS en 1996 et la mise en
place du LIA, ont été signalées par notre collègue Abdeslam Hoummada.
Ceci a été réalisé en collaboration avec des laboratoires français de
l’IN2P3, et en particulier le LPSC Grenoble, qui accueille des collègues
marocains depuis plus de 20 ans. Ceux-ci ont participé à la construction
du « pré échantillonneur », un élément du calorimètre électromagnétique
d’ATLAS.
Le Professeur Giuseppe Iaselli de l’INFN Bari en Italie nous a montré
avec un grand enthousiasme les étapes franchies en collaboration avec un
réseau d’universités égyptiennes pour faire admettre l’Egypte en mars
2010, second pays africain,comme membre d’une expérience au CERN,
l’expérience CMS. Le Professeur Amr Radi de l’Université américaine du
Caire, nous a ensuite expliqué de quelle manière ce réseau d’universités
égyptiennes s’est constitué, avec l’aide très appréciée du laboratoire
LLR. Le ticket d’entrée dans une expérience de ce type (ATLAS ou CMS)
passe forcément
par une participation, même modeste, soit à l’amélioration de la
détection, soit à la contribution à la simulation. Les équipes
égyptiennes vont avoir la chance, comme leur collègues marocains il y a
10 ans, de découvrir toutes les facettes de l’expérience CMS en touchant
un peu à tout et plus particulièrement à la détection car en plus de
leur participation à l’analyse des données, ils se sont engagés à un
programme d’amélioration des chambres à muons.
On peut noter de même qu’un réseau de physiciens d’Afrique du sud
s’implique depuis plusieurs années aussi bien à la construction, à la
préparation qu’à l’analyse des données de l’expérience ATLAS. Le Dr
Trevor Vickey, américain d’origine ayant obtenu récemment un poste
permanent à l’université de Witwatersrand en Afrique du Sud, nous a
présenté les travaux effectués depuis plus d’une décennie par les
universités sud africaines, aussi bien dans le domaine de la machine
(accélérateur) au CERN qu’auprès des expériences ATLAS et ALICE ainsi
qu’en théorie. L’activité en physique des particules en Afrique du Sud a
toujours été très riche. La mise en réseaux des Africains du sud (même
ceux établis à l’étranger) et leur volonté d’entrer officiellement au
CERN a payé car à l’heure où je rédige ce compte rendu, ce réseau a été
officiellement admis dans l’expérience ATLAS. Il s’agit donc du 3ème
pays africain au CERN.
Le cas de l’Algérie est
très particulier en France et à l’IN2P3. Tout d’abord parce que la «
diaspora » est très présente, très active et a la volonté depuis
toujours de mettre en place les ponts nécessaires pour que les collègues
Algériens puissent participer à cette extraordinaire aventure
scientifique, humaine et technologique qu’est le CERN. La présence parmi
nous du directeur général de la recherche scientifique et du
développement technologique, le Professeur Aourag et son adjoint, le
Professeur Sahraoui, nous a permis de nous rassurer sur les motivations
et les soutiens qui pourraient être donnés aux collègues Algériens qui
essayent de s’organiser en réseaux et de monter les projets de
collaboration avec le CERN. En effet, la volonté de la « diaspora »
n’est rien sans l’organisation des physiciens Algériens et le soutien
qui leur est apporté au plus haut niveau. L’Algérie a signé un protocole
d’accord avec le CERN en 2008, qui lui permet de faire bénéficier les
physiciens et doctorants, des stages, des séjours et des écoles que le
CERN organise. Le vivier de collaborateurs a été identifié, nous
attendons donc un retour et des propositions de leur part suite à ce
symposium. Il est à noter que les laboratoires français de l’IN2P3
accueillent déjà des étudiants algériens ainsi que des physiciens et des
ingénieurs et ceci grâce au PICS de 3 ans qui a été accordé à partir de
cette année. Il est plus que temps que l’Algérie profite à son tour de
cette synergie « africaine » vers le CERN.
La « diaspora » est tout à fait prête à l’y aider. La Tunisie est
impliquée dans des programmes du CERN depuis longtemps : OPERA, Geant4,
ILC, ATLAS, RD51,ANTARES. Seulement, ces activités sont peu visibles à
l’échelle nationale car elles sont le fait de doctorants ou de
post-doctorants qui ne rentrent pas toujours au pays. Il est dommage
donc que la Tunisie investisse (bourses, etc.) dans des jeunes qui sont
formés dans ce domaine et qui ne font pas profiter leur pays de leurs
capacités et de leurs compétences. La Tunisie a l’intention de
formaliser ses relations avec le CERN prochainement dans le but de
participer activement à l’expérience CMS. Elle a un atout important: le
centre national de sciences et techniques nucléaires et son accélérateur
de recherche. Il semblerait, d’après ce que nous avons ressenti lors de
la présentation du Professeur Adel Trabelsi, que cette volonté existe.
Le Professeur Makoto Asai du SLAC (USA) travaille dans la collaboration
Geant4. Celle-ci, internationalement reconnue, s’attelle à mettre en
place un simulateur, hérité de la physique des particules (Geant3), pour
le bénéfice de toutes les activités scientifiques et tous les domaines
de recherche. Cet outil est très puissant et c’est aussi le fruit d’une
collaboration internationale qui utilise de l’« open source ». Makoto
sillonne les plaines, les mers et les montagnes pour offrir son service
et former des scientifiques à l’utilisation de cet outil. Il nous a donc
fièrement relaté son passage au Sénégal. Nous avons également noté que
cette collaboration, Geant4, a permis de faire le pont entre la Tunisie
et le Sénégal , car les deux pays collaborent d’ores et déjà ensemble
dans ce domaine.
Le CERN était représenté par le directeur du département de Physique, Dr
Philippe Bloch, pour présenter son programme de partenariat avec les
pays en voie de développement. Il a de même profité de l’occasion pour
clarifier les modes et
contrats de partenariat avec le CERN et avec les expériences. En
particulier, il a expliqué qu’un contrat de partenariat avec le CERN
n’engageait pas celui-ci à l’adhésion du pays à une expérience ou à son
association au CERN comme pays partenaire. Les partenariats avec le CERN
apportent des «facilités » appréciables en termes de stages, de
participations à des écoles généralistes, etc. Alors qu’une demande
d’adhésion, soit au CERN, soit à une expérience, exige non seulement une
contribution financière annuelle mais aussi un engagement et des
soutiens diplomatiques du pays demandeur. Cette deuxième option n’est
préférable que s’il y a effectivement un vivier non négligeable de
physiciens d’ores et déjà impliqués dans les expériences du CERN, soit
directement à partir de leur pays, soit via d’autres pays collaborateurs
comme la France.
Pour l'Institut des Grilles du CNRS représenté par son directeur, le Dr
Vincent Breton, la fracture numérique persistante dans certaines régions
du monde est inacceptable. Il y a urgence à établir des « comptoirs »
d’échanges et de transfert de technologie dans le domaine du calcul
scientifique et en particulier dans le domaine des grilles de calcul.
Souvent, ces technologies sont facilement accessibles mais les réseaux
informatiques « locaux » peinent à suivre. Une prise de conscience
nationale sur la nécessité de développer les réseaux informatiques est
plus que souhaitée. Vincent Breton a en particulier démontré
l’universalité du calcul scientifique, son intérêt dans plusieurs
domaines scientifiques, dans le biomédical par exemple. Il a de même
souligné que le CNRS était engagé via des contrats européens comme
EUMEDGRID
et EPIKH à participer à la formation et à la mise en place de centres
dédiés au calcul scientifique sur la grille de calcul en Méditerranée et
en Afrique sub-saharienne, entre autres. La Société Française de
Physique et la Société Européenne de Physique ont contribué au symposium
en apportant un point de vue dans le domaine de la formation en
physique.
La Professeure Michèle Leduc, ex-présidente de la SFP, a expliqué
comment, grâce à l’intérêt de beaucoup de pays, suscité par l’année
mondiale de la physique en 2007, la SFP a réussi à trouver un créneau
porteur pour la formation au Maghreb. Elle a créé avec ses partenaires
Algériens, Tunisiens et Marocains, une école de physique avancée au
Maghreb appelée EPAM, sur le modèle de l’école des Houches, une école de
physique prestigieuse et mondialement reconnue. Deux éditions ont déjà
eu lieu: une en Tunisie en 2009 sur les nanosciences, une autre en
Algérie en 2010 sur les énergies renouvelables. La prochaine édition se
déroulera au Maroc sur la physique des hautes énergies (incluant les
astro-particules et les domaines connexes comme le biomédical et la
grille de calcul). La Société Européenne de Physique, représentée par le
Dr François Piuzzi, a montré un projet d’aide à la formation dans les
universités africaines en utilisant des matériaux de récupération. Les
travaux pratiques sont limités mais néanmoins abordables et amusants.
L’assistance a néanmoins souligné que l’Afrique avait besoin
d’innovation et d’expertise et que ce genre de travaux pratiques, certes
amusants, devaient rester limités et ne pas justifier la défection des
pouvoirs publics à apporter des soutiens plus substantiels aux
universités et à la recherche.
A l’initiative de physiciens de l’IN2P3, plusieurs écoles vont se
dérouler en Afrique du Nord et en Afrique Sub-Saharienne en 2010 et
d’autres sont en cours de programmation pour les années à venir. On peut
citer l’école de physique en Afrique du Sud qui se déroulera cet été et
qui a été impulsée par notre collègue Dr Steve Muanza du CPPM1 et
l’école égyptienne de physique des hautes énergies qui se déroulera cet
automne au Caire2, impulsée par nos collègues du LLR. Une école des
accélérateurs, motivée et menée par Dr Mehdi Souli du Ganil, devrait se
dérouler au printemps 2011 à Tunis. Il est important de noter que
l’IN2P3 soutient depuis plusieurs années l’initiative de Stéphane
Narison de l’Université de Montpellier, d’organiser une série de
conférences internationales en physique des particules à Madagascar3,
appelée HEP-MAD. Cette initiative pourrait, dans la mesure du possible
et si les conditions de stabilité politiques du pays sont réunies,
permettre de mettre en place un institut de physique des particules.
Ce symposium a permis une rencontre fructueuse et amicale en faisant le
point sur les activités existantes (expériences en cours ou en projet,
écoles) et en favorisant l'initiation d'actions futures. Il a montré la
motivation de l’ensemble des participants à construire des programmes
internationaux pérennes, s’appuyant pour certains sur la construction
d’une «Union pour la Méditerranée » scientifique, encouragée par
l’Europe et par les diverses institutions publiques de chacun des pays
participants. Ce fut aussi l'occasion de discuter les besoins en
formation, en transfert de savoirs et de technologies.
Par
Fairouz Malek |